Vous ouvrez les yeux. Vous voyez la chambre, l’armoire, la pénombre derrière la fenêtre. Vous voulez vous retourner, mais votre corps n’obéit pas. Impossible de lever la main ou d’appeler. Vous sentez un poids sur la poitrine, et près de la porte, quelqu’un semble se tenir. Au bout d’un moment, tout se relâche et vous vous redressez d’un coup.
Si vous l’avez vécu, vous n’êtes pas seul. C’est une paralysie du sommeil. Elle paraît effrayante, mais en elle-même, elle est sans danger.
Ce qui se passe
Quand nous rêvons, le cerveau paralyse temporairement les muscles des bras et des jambes. C’est une sécurité, pour que nous ne jouions pas nos rêves. Nous en parlons dans l’article Pourquoi on rêve.
Pendant une paralysie du sommeil, cette sécurité se déclenche au mauvais moment : à l’endormissement ou au réveil. L’esprit est déjà éveillé, mais les muscles « dorment » encore. On a conscience de tout, on ne peut simplement pas bouger.
La respiration, elle, fonctionne normalement. La sensation d’étouffer ou d’être écrasé est désagréable, mais la respiration ne s’arrête pas. La paralysie dure quelques secondes, quelques minutes au plus, puis passe d’elle-même.
Pourquoi c’est souvent si effrayant
Le cerveau est à moitié dans le rêve. C’est pourquoi la paralysie du sommeil s’accompagne souvent d’hallucinations très vives. Les gens racontent :
- qu’il y a quelqu’un ou quelque chose dans la pièce,
- qu’ils sentent une pression sur la poitrine, comme si quelque chose était assis sur eux,
- qu’ils entendent des pas, des voix ou un bourdonnement,
- qu’ils ont l’impression de flotter.
Ces expériences sont si réelles que, pendant des siècles, on les a expliquées par le surnaturel. Dans le folklore de nombreux pays d’Europe, on connaît la mare, un esprit qui vient la nuit s’asseoir sur la poitrine des dormeurs pour les étouffer. Le mot français cauchemar en vient : l’ancien verbe caucher, « presser », et mare, ce fantôme de la nuit. La description ressemble de près à ce que nous appelons aujourd’hui la paralysie du sommeil.
Il aide de savoir qu’il n’y a là rien de surnaturel ni de dangereux. C’est seulement le sommeil et l’éveil qui se chevauchent un instant.
À quelle fréquence ?
Plus souvent qu’on ne le croit. Une synthèse de 35 études portant sur plus de 36 000 personnes a montré qu’environ 8 personnes sur 100 ont connu au moins une paralysie du sommeil dans leur vie. Chez les étudiants, c’était plus d’un quart. Elle était aussi plus fréquente chez les personnes anxieuses, en particulier en cas de trouble panique.
Elle apparaît en général pour la première fois à l’adolescence, entre 14 et 17 ans. On la vit le plus souvent entre 20 et 40 ans. Certains une seule fois dans leur vie, d’autres plusieurs fois par an. Elle est parfois familiale.
Ce qui la déclenche
Personne n’en connaît la cause exacte. Mais certains facteurs la favorisent nettement :
- le manque de sommeil,
- des horaires irréguliers, par exemple le travail posté ou le décalage horaire,
- le stress, l’anxiété et les expériences traumatisantes (elle est fréquente en cas de trouble de stress post-traumatique),
- dormir sur le dos,
- l’insomnie et d’autres troubles du sommeil.
Que faire quand elle arrive
Sur le moment, le plus utile est le calme. Essayez ceci :
- Dites-vous : « C’est une paralysie du sommeil. Ça va passer. » Cette phrase aide à calmer la panique.
- Bougez quelque chose de petit. Essayez de remuer un doigt ou un orteil. Un petit mouvement « réveille » souvent tout le corps.
- Respirez lentement et profondément. Votre respiration, vous la contrôlez, même si le reste du corps ne suit pas.
- Fixez votre regard sur un point de la pièce, par exemple une lampe.
Un contact ou la voix d’une autre personne peut aussi mettre fin à la paralysie. Si elle vous arrive souvent, parlez-en à votre partenaire. Il saura ce qui se passe et ne prendra pas peur si vous le réveillez la nuit.
Quand la paralysie se relâche, asseyez-vous tranquillement, allumez une lumière douce et respirez quelques minutes. Ensuite, on peut se rendormir. Une voix calme peut aussi aider : écoutez l’une de nos histoires pour s’endormir.
Comment la prévenir
La paralysie du sommeil revient surtout après de mauvaises nuits. La meilleure prévention est donc un sommeil suffisant et régulier :
- Dormez 7 à 9 heures, et couchez-vous comme levez-vous à peu près à la même heure.
- Ne dormez pas sur le dos. Sur le dos, la paralysie survient plus souvent. Essayez de vous endormir sur le côté.
- Le soir, évitez caféine, alcool, cigarette et repas lourd. Plus de détails dans l’article Caféine, alcool et repas du soir.
- Apprivoisez le stress. L’activité physique dans la journée et une soirée calme aident. Vous trouverez des conseils dans l’article Quand les pensées tournent au lit.
Les autres bases d’un bon sommeil sont résumées dans l’article Hygiène du sommeil.
Quand consulter
La plupart du temps, aucun traitement n’est nécessaire. Consultez pourtant un médecin si :
- À cause de la paralysie, vous avez peur d’aller dormir, ou l’anxiété vous pèse.
- Vous êtes fatigué dans la journée parce qu’elle vous fait mal dormir.
- La paralysie s’accompagne d’une somnolence irrésistible dans la journée, d’endormissements soudains ou d’un relâchement musculaire brutal quand vous riez ou sursautez. Ce peuvent être des signes de narcolepsie, qui demande un examen dans un centre du sommeil.
- Elle est apparue après un changement de traitement.
Votre médecin traitant peut soigner l’insomnie ou l’anxiété qui déclenchent la paralysie. La thérapie cognitive et comportementale aide aussi. Si cela ne suffit pas, un spécialiste du sommeil prescrit parfois un médicament à faible dose.
Sources :
- AASM, Sleep Education – Sleep Paralysis (2020)
- NHS – Sleep paralysis
- NINDS – Brain Basics: Understanding Sleep (paralysie musculaire pendant le sommeil paradoxal)
- NINDS – Narcolepsy (paralysie du sommeil, cataplexie)
- Sharpless & Barber, Sleep Medicine Reviews 2011 – fréquence de la paralysie du sommeil
- Denis, French & Gregory, Sleep Medicine Reviews 2018 – facteurs associés à la paralysie du sommeil
- Sleep Foundation – Sleep Paralysis (que faire pendant un épisode)
- Wiktionnaire – cauchemar (étymologie)
Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical.



